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H-ERMITAGE

MARTINE BEDIN

Cazazul, 1996

MArTine bedin

Casazul

C’était un après-midi d’automne, nous donnions une série de conférences au CAPC de Bordeaux sur les utopies. Je ne me souviens plus trop de ce que j’ai dit, mon intervention venait après un homme passionné et convaincant qui parlait des projets de Handicap International. Je me souviens seulement de ne pas avoir su comment passer de ses images tragiques, à un discours plus léger, sur l’utopie dans le design.

Mais à la fin de mon intervention, Jean Louis Froment, le directeur du CAPC, s’est levé d’un bond de la première place du petit auditorium où il était assis, il est monté sur la scène, m’a serré dans ses bras et m’a dit viens, je dois te parler.

C’était en 1994, en octobre sans doute. Jean Louis m’a dit,  » si je te donnais la grande nef du CAPC, pour une exposition sur l’architecture, dis moi ce que tu y ferais ».

Je suis partie à la montagne, à Noël, avec une ribambelle d’enfants petits et agités, et le soir sur mon carnet j’ai commencé à penser à cette grande nef ou Jean Pierre Reynaud venait tout juste d’installer ses lits d’hôpitaux et ses centaines de vasques en inox ou il avait « craché » les morceaux de la destruction de sa maison.

Une seule phrase me revenait : « c’est pas grave », j’ai écrit avant de dessiner :

« Tu rentres ou tu sors de la ville, il y aura une lumière forte.

Première enveloppe : la nef (cf Robert : grand navire au Moyen Âge).

Deuxième enveloppe : l’espace public, rétréci, de pierre, sombre, froid, sans voix. Tu es pris au piège, le parcours est sans retour.

Troisième enveloppe : n’aie plus peur, lieu thermal, discours sur l’opaque et le corps, vert-bleu, bleu-vert ..

Quatrième enveloppe, elle est pour toi seul, tes fantasmes, tes amours ; lieu sensuel, doux, naturel, souple, chaud.

Enfin, avant de partir, dernière étape, le jardin, pour se souvenir du bonheur de la traversée…

… Mais tout ça c’est pas grave… »

Une année seulement plus tard, je construisais quatre maisons dans cette grande nef, pour l’exposition « architecture(s) ». Une de ces maisons c’est la « Casazul », bleu-vert, vert-bleu ..

Vingt années sont passées, elle attendait, démontée avec soin, d’abord dans les ateliers abandonnés de mon père, puis plus tard dans un dépôt le long de l’autoroute. Cela me semblait cocasse de verser un loyer mensuel pour loger une maison dans un entrepôt.

La seule de ces quatre maisons, qui n’ait pas trouvé encore ni usage, ni hôte.

C’est à Gaucin, dans la lumière blanche de l’Andalousie, qu’est née cette idée un peu folle de reconstruire, justement là haut sur la montagne, la maison en verre. Une maison qui n’abrite que la lumière.

Et elle y jouera son rôle, avec courage, elle attrapera quelques instants, à chaque époque de l’année, la lumière du couchant ; lumière rose, or, bleue, gris pâle parfois..

Merci

La Casazul

Martine Bedin

Artiste

MARTINE BEDIN

Adresse

146, rue de Longchamp
75116 – Paris

+33 (0) 6 74 22 13 43

 

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